Dandysme

Historisches, Kulturelles und Literarisches zum Dandy

Le fashionable de 1822 vs. le dandy de 1836

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La scène ne tarda pas à  se transporter en Italie; les amans traversèrent les Alpes avec des périls effroyables et des douleurs d’ame à  attendrir les lions: le lion répandit des pleurs ! Un jargon de bonne compagnie fut adopté : or les modes de mots, les affectations d’un certain langage , d’une certaine prononciation, changent dans la haute société anglaise presque à  chaque session parlementaire; un honnête lecteur est tout ébahi de ne plus savoir l’anglais qu’il croyait savoir six mois auparavant.

En 1822, lors de mon ambassade à  Londres , le fashionable devait offrir, au premier coup d’oeil, un homme malheureux et malade; il devait avoir quelque chose de négligé dans sa personne, les ongles longs, la barbe non pas entière, non pas rasée, mais grandie un moment par surprise, par oubli, pendant les préoccupations du désespoir: mèche de cheveux au vent, regard profond, sublime, égaré et fatal; lèvres contractées en dédain de la nature humaine; cœur ennuyé, byronnien, noyé dans le dégoût et le mystère de l’être.

Aujourd’hui le dandy doit avoir un air conquérant, léger, insolent; il doit soigner sa toilette, porter des moustaches ou une barbe taillée en rond comme la fraise de la reine Elisabeth, ou comme le disque radieux du soleil; il décèle la fière indépendance de son caractère en gardant son chapeau sur sa tête, en se roulant sur les sophas, en alongeant ses bottes au nez des ladies assises en admiration sur des chaises devant lui. Il monte à  cheval avec une canne, qu’il porte comme un cierge, indifférent au cheval qui est entre ses jambes, par hasard. Il faut que sa santé soit parfaite, et son ame toujours au comble de cinq ou six félicités. Quelques dandys radicaux les plus avancés vers l’avenir, ont une pipe. Mais sans doute tout cela est changé , dans le temps même que je mets à  le décrire.

François-René de Chateaubriand: Essai sur la littérature anglaise: et Considérations sur le génie des hommes, des temps et des révolutions. Paris: Gosselin, 1836.

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