Dandysme

Historisches, Kulturelles und Literarisches zum Dandy

Le dandy du temps de Marie Tudor (1833)

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Si ce siècle avait ses petites maîtresses, il avait aussi ses dandys dont nos fashionables moyen-âgistes me sauront peut-être gré de leur d’écrire le costume, moins complet toutefois qu’ils le trouveraient dans l’alphabet du badaud, petit volume du vieux Decker, le poète dramatique. Et d’abord- aujourd’hui que la barbe joue un si grand rôle dans la physionomie de nos jeunes romantiques, ce serait une étude opportune que cette mode des barbes anglaises, les unes en forme de pèle, les autres en forme de brosse ; celles-ci teintes en bleu, celles-ci en rouge ou en toute autre couleur. La coupe des cheveux n’était pas non plus une petite affaire, soit qu’on les portât touffus et en désordre, soit qu’on les frisât en boucles. Quelquefois les galans y plaçaient aussi des fleurs au-dessus de chaque oreille, et pour abriter tout cela, c’était l’usage de porter un vaste chapeau terminé en clocher, chapeau de velours ou de taffetas, aux bords brodés d’or et d’argent, avec un ondoyant panache.

Autour du cou, le dandy avait la même fraise que les dames. Son pourpoint en satin lui serrait tellement la taille, qu’il lui était difficile de se baisser; tantôt les manches en étaient étroites, tantôt larges, à  la danoise. Par-dessus le pourpoint s’attachait le manteau, pièce la plus riche du costume qui coûtait jusqu’à  mille ducats. Sous le règne suivant, un pareil manteau fit la fortune du simple écuyer Raleigh, lorsqu’il eut l’adresse de le jeter a défaut de tapis sous les pieds d’Elisabeth.

Mais la partie la plus saillante du costume de ce temps-là  était après tout le haut-de-chausses, appelé culottes en style moderne ( breeches ). Le haut-de-chausses avait voulu rivaliser avec le jupon, et le développement de son volume devint si scandaleux qu’il fallut, au bout de quelques années, le réduire par des lois somptuaires. Les galans en rembourraient la circonférence avec du crin, de la laine, ou du son contenu dans des sachets. Un manuscrit de la bibliothèque Harleienne, cité par Strutt, dit que les culottes des jeunes membres du parlement tenaient tant de place qu’on fut obligé d’élargir les bancs de la chambre des lords. Il raconte à  ce propos qu’un jeune seigneur, arrivant tout glorieux de sa rotondité postiche au salon de la reine, recut en passant un accroc dont il ne s’avisa pas, et qu’en faisant le tour de l’assemblée pour saluer les dames, il excitait la plus grande hilarité, parce qu’à  chaque courbette on eût dit un moulin à  farine. En peu d’instans le parquet fut couvert de son. Cette mode ne céda que momentanément aux ordonnances ; car Walter Scott raconte dans la note d’une brochure du temps, réimprimée en 1814 pour le club des antiquaires d’Ecosse, que, sous Jacques Ier, on la vit reparaître, et qu’on remit alors en vigueur l’ordonnance qui défendait, sous peine d’amende, d’exagérer avec du son l’ampleur de ses inexprimables, synonyme de culottes, inventé depuis par la pudeur anglaise.

Un galant poursuivi en contravention de cette ordonnance soutint qu’il n’avait rien de prohibé dans son haut-de-chausses, et il en tira en effet devant le juge, non pas des sacs de son, mais une paire de draps, deux nappes, quatre chemises, une brosse, un miroir, un peigne, des bonnets de nuit, et autres choses, dit l’anecdote, qu’on croirait une scène empruntée aux arlequinades des petits théâtres, mais qui est racontée par Bulmer dans sa Genealogie du galant anglais, pour prouver qu’un galant de cette époque pouvait presque dire comme le philosophe Bias : omnia mecum porto , je porte avec moi toute ma garderobe.

Aus: “Critique Dramatique. Marie Tudor.” Revue de Paris, 1833: 56.

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