Dandysme

Historisches, Kulturelles und Literarisches zum Dandy

l’Anglomanie

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Le trait caractéristique des Français de cette époque, c’était l’anglomanie, mode nouvelle qui faisait fureur et que l’on poussait jusqu’au ridicule. Nos jeunes dandys du Jockey-Club qui se passionnent pour le turf et se font habiller à  Londres, n’en donnent aujourd’hui qu’une faible idée. Un tel engoûment s’expliquait alors par le rétablissement des relations interrompues longtemps entre les deux pays. Jamais peut-être on ne reverra cette rage d’imitation, dont l’exemple est unique dans l’histoire. Il y avait, d’ailleurs, à  l’époque dont nous parlons, une sorte d’effervescence intellectuelle. Les symptômes d’une révolution prochaine se révélaient de toutes parts. Les audacieuses théories des encyclopédistes s’étaient produites au grand jour, et leur éclat, quoique réprimé, avait attiré tous les yeux sur un pays voisin où l’on s’imaginait voir une liberté illimitée présidant à  toutes les hardiesses et à  toutes les impiétés possibles ; étrange illusion que devait dissiper une connaissance plus approfondie de la jurisprudence criminelle des cours anglaises. Shakspeare, Swift, Congrève se vendaient chez les libraires, comme les ouvrages courants de la littérature nationale. C’était un plaisir de voir les Français ouvrant de grands yeux, s’extasiant à  tout hasard sur le grand poète anglais, et se creusant la cervelle pour admirer ce qu’ils ne comprenaient pas. Le personnage dont parle Sterne dans le Voyage sentimental, qui prend le moderne Yorick pour le bouffon dont il est question dans Hamlet, était le type de ces lecteurs sujets à  d’énormes bévues. Cette frénésie d’admiration aveugle excita la verve satirique des Français eux-mêmes ; et l’un de leurs écrivains la mit en scène dans une pièce intitulée l’Anglomanie. Du reste, à  part la vogue du moment, il était naturel qu’on recherchât en France la société des Anglais ; car les insulaires qui voyageaient alors n’étaient pas ceux qu’on a vus depuis sur toutes les routes. Il y avait trois classes de touristes : d’abord les Anglais de la haute aristocratie, pour qui un voyage sur le continent était un complément d’éducation indispensable; puis les Anglais riches, et enfin, les hommes de talent et de génie. Un voyage à  Paris était une grande dépense; un tour d’Europe était un luxe princier. Chaque voyageur était porteur de lettres de créance pour les diverses cours où il se rendait et où il recevait l’accueil le plus empressé ; puis il repartait, dans sa berline, pour une autre résidence. Paris, dans ce temps-là , était le rendez-vous d’une foule de personnages éminents, lord Shelburne, lord Carlisle, M. Fitz-Maurice, Wilkes, Sterne, Walpole, Foote, David Hume, et bien d’autres. L’année du voyage de Garrick, l’ambassadeur d’Angleterre, lord Hertford, avait à  sa table, le jour anniversaire de la naissance du roi, quatre-vingt-dix-neuf Anglais de distinction.

From: “David Garrick à  Paris” In: Revue Britannique. August 1865.

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