Dandysme

Historisches, Kulturelles und Literarisches zum Dandy

L’art de mettre sa cravate

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Dans ce siècle où les arts, par la mode honorés,
De la perfection franchissent les degrés,
Où le coiffeur voyage autant qu’un diplomate,
J’enseigne l’art heureux de mettre sa cravate.
Je dirai par quel plis par quel nœud élégant
On frappe tous les yeux au boulevard de Gand;
Et comment, illustrant sa physionomie,
On obtient les honneurs de la lithographie.

Les Grecs n’ont point connu l’art que chantent mes vers.
L’Apollon sans cravate a charmé l’univers.
Mais, dans le beau Paris, un élégant en vogue,
Le cou nu, seroit pris pour un héros d’églogue;
Et la pomme d’Adam, aux Èves de nos jours,
Dans nos salons brillants doit déplaire toujours.

Mondor, à  ses bijoux, dut ses bonnes fortunes;
Versec à  sa cravate en a dû quelques unes:
C’est grace au large col, chef-d’œuvre précieux,
Qu’il semble un astronome interrogeant les cieux,
Et qu’en épais collier changeant un cou de grue,
Il suffoque avec grace, alors qu’il vous salue.

J’ai vu des merveilleux discuter un grand point:
Le bout doit-il paroître ou ne paroître point?
Là  dessus grand débat, et la mode incertaine,
à le réduire à  rien se décide avec peine.
Cependant, croyez-moi, cachez ce bout trop long,
Qui dessine de loin l’oreille d’un ânon.
Le goût a réprouvé la rosette orgueilleuse,
Rivale du jabot, dans sa masse pompeuse;
Et le provincial, merveilleux du hameau,
Qui fait de sa cravate un lourd porte-manteau.

De former d’heureux plis on compte vingt manières:
Chacune a, pour charmer, des lois particulières.
à l’air de son visage il les faut accorder.
Le goût et le miroir doivent seuls vous guider.
Pourtant, en vous lorgnant devant toutes les glaces,
Faites, de temps en temps, une apostrophe aux Graces:
«Déesses, dites-leur, dont le charmant trio
«Consacre chaque jour tout ce qui naît de beau;
«Faites, par vos secours, que ma main délicate,
«Avec un goût exquis, arrange ma cravate;
«Que la Mode, avec vous, me tienne le miroir,
«Et que Vénus enfin accoure pour me voir.»

Alors, vous apprendrez de leur voix salutaire,
Comment, sans s’étrangler, en tous lieux on peut plaire;
Et si, victime un jour de vos nobles efforts,
Votre col trop serré vous conduit chez les morts,
Vos amis écriront, sur le marbre funèbre:
«Graces à  sa cravate, il laisse un nom célèbre.»

Paris et ses modes. #59, 1821

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