Je vous prierais de me dire la vraie signification et l’origine du mot Gandin, que l’on a occasion de rencontrer si souvent dans les romans modernes.
Lorsqu’il a publié son Dictionnaire de la Langue verte, en 1867, M. Alfred Delvau annonçait que ce mot n’avait qu’une dizaine d’années.
Quant à son origine, « je ne sais plus, dit-il, qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. »
M. Lorédan Larchey, deux ans plus tôt, avait été plus précis: il avait dit, lui, que c’était « le nom d’un personnage de vaudeville. »
Mais quel était ce vaudeville?
Je l’ai trouvé. Gandin est un personnage de la pièce de Théodore Barrière intitulée les Parisiens, pièce jouée pour la première fois sur le théâtre de la place de la Bourse le 4 décembre 1854.
Quant à la signification du terme, voici comment je la formule, la pièce de Barrière à la main:
Le gandin est un jeune homme au-dessous de 30 ans, qui vit aux dépens d’un homme qui vit aux dépens des autres; — un être inutile, inconnu, qui fait plus de bruit et de poussière que n’en fait jamais un homme sérieux; — un parasite qui déjeune de la flatterie et soupe de la bassesse; — une nullité jalouse qui se venge de son impuissance en salissant les forts ; — un reptile venimeux qui mord au talon tous les triomphateurs.
Cependant, je dois le dire, il me semble que le mot gandin a déjà singulièrement perdu de son infamie originelle, et que, pour la plupart d’entre nous, ce mot n’est plus aujourd’hui que le synonyme déjeune homme à la mode.
C’est du moins ainsi que j’en juge en lisant cette description du gandin donnée par le Figaro dès 1858, quatre ans seulement après la première représentation de la pièce de Barrière:
«L’œillet rouge à la boutonnière, les cheveux soigneusement ramenés sur les tempes comme deux gâteaux de pommade, le faux-col, les entournures, le regard, les favoris, le menton, les bottes, tout en lui indiquait le parfait gandin, tout, jusqu’à son mouchoir fortement imprégné d’essence d’idiotisme.»
Le Courrier de Vaugelas. Nov 15, 1871